CARLING "Chronique Patelin Lorrain"

24 juin 2017

CARLING

L'occupation du site remonte au Néolithique, comme l'atteste la découverte de haches de pierre et de pointes de silex. Carling se situe près du passage de l’ancienne grande voie romaine de Metz-Mayence-Worms d'axe ouest-est et d'une seconde voie romaine de moindre importance d'axe sud-nord mais d'origine plus ancienne, correspondant à une ancienne route celtique.

Carling est fondé en 1714 par le comte de Sarrebruck Charles-Louis de Nassau (Karl-Ludwig von Nassau en allemand), dont il porte le nom : Karlingen. Le 25 août 1716, il autorise six habitants à défricher ses terres, les mettre en culture et construire des maisons à un emplacement situé au lieu-dit du Flachsweyer (étang du lin). Carling compte douze maisons en 1728 et vingt-deux en 1756.

Les ressources des habitants de Carling proviennent principalement de l'agriculture (colza et millet) et de maigres pâturages.

Le roi de France Louis XV réunit Carling à la baronnie d’Überherrn, qu’il a créée en 1767 pour son médecin personnel le baron François-Marie-Claude Richard de Hautesierck. Le baron percevait annuellement des impôts de la part des Carlingeois. La baronnie comprend aussi les villages cédés par Sarrebruck en 1766, à savoir Wilhelmsbronn, Diesen et une partie de L’Hôpital.

L’alliance franco-autrichienne, scellée durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), peut enfin porter ses fruits. Elle a purgé l’espace lorrain de ses ferments de guerre et permet d’esquisser une « frontière de paix », fondée sur la liquidation du contentieux franco-luxembourgeois, concernant les régions de Rodemack et de Raville et des échanges compensés, laborieusement négociés de 1769 à 1786 avec des princes germaniques, autour du Warndt (acquisition de Creutzwald, Carling et L’Hôpital).

En 1770, par le traité du 26 novembre, Louis, prince de Sarrebruck, cède à la France le village de Carling, en recevant en échange Emmersweiler, à l’est de Forbach et Baerendorf, à l’est de Fénétrange. Le décret impérial de Napoléon Ier, du 24 janvier 1812, réunit la jeune commune de Carling à celle de L’Hôpital. Vingt-cinq ans plus tard, les conseillers municipaux demandent la séparation qui n’aboutira qu’en 1894

 L'industrialisation de Carling et de sa région débutera le 17 novembre 1855, la Compagnie Houillère de la Moselle Maximilien Pougnet et Cie démarre le forage du puits Saint-Max. Après cinq années d’efforts, les travaux atteignent, le 15 octobre 1860, le gisement houiller et la première veine de charbon. Le puits Saint-Max (ou aussi appelé puits 8) peut être considéré comme étant le premier siège mis en exploitation dans le Bassin Houiller de Lorraine.

 Le 1er mai 1866, sous le Second Empire de Napoléon III, on ouvre la ligne de chemin de fer Béning-Carling. La section de 10,54 km est à voie unique et sert notamment au transport de la houille extraite à Carling au puits Saint-Max. Elle sera complétée le 1er mai 1882 par la section à voie unique Carling-Hargarten de 8,73 km. Les voies seront dédoublées sur toute la ligne entre 1895 et 1898.

À la suite de la guerre de 1870, Carling se voit rattaché en 1871 comme toute l'Alsace-Moselle à l'Empire allemand conformément au traité de Francfort. Carling dépend du Landkreis Forbach au sein du Bezirk Lothringen. Le nom de Carling se voit germanisé en Karlingen. Plusieurs familles quittent Carling en abandonnant entièrement leurs biens pour ne pas dépendre de l'occupant. La concession de charbon du puits 8 aussi appelé puits Saint-Max est saisie, même si son exploitation est arrêtée. Il servira plus tard de puits d'aérage à la concession allemande de Saar und Mosel. Pendant l'annexion, l'industrialisation de Carling se poursuit. La gare est construite à l'époque allemande entre 1875 et 1878. En 1894, sous le mandat d'Ambroise Renard, instituteur et maire de Carling, Carling se sépare de L'Hôpital. L'église catholique Saint-Gérard de Majella de style néo-roman ottonien est construite de 1906 à 1908 Carling se sépare de la paroisse catholique Saint-Nicolas de L'Hôpital. La cokerie de Carling est construite en 1910 et le puits Saint-Max qui a été dénoyé et réhabilité, sert de puits d'aération pour l'exploitation des mines de L'Hôpital à la même date.

Les premiers jours de la guerre, les forces françaises et la Wehrmacht allemande restent sur leurs positions respectives. Les deux ponts construits en pierre de taille du chemin de fer, situés rue de l'Hôpital et rue de Metz (entre Carling et L'Hôpital) sont détruits. Carling est bombardé et est pris sous les tirs. Le nouveau gouvernement Pétain demande l'armistice le 17 juin 1940 et en accepte les conditions le 22 juin. La Moselle étant de nouveau annexée en juillet 1940, Carling dépend cette fois du Landkreis Sankt Avold, un nouvel arrondissement du CdZ-Gebiet Lothringen, territoire rattaché au Gau Westmark et son nom est à nouveau germanisé en Karlingen. Une partie de la population est autorisée à réintégrer la « Zone occupée ». Les ponts détruits sont reconstruits en bois.

 Lors des combats de la Libération, les ponts sont dynamités par les Allemands pour empêcher l'avancée des Alliés. Carling est libéré le 4 décembre 1944 par la Task force Fickett de la 3e armée américaine conduite par le général George Patton. Les combats du 4 décembre furent très durs. L'on déplore deux victimes civiles et de nombreux blessés dans la population qui se cache dans les caves et les abris.  De nombreux soldats allemands sont tués. Quatorze soldats américains laissent leur vie dans les combats de Carling. Ils seront inhumés au cimetière américain de Saint-Avold23. Carling reprend son nom français dès la Libération.